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viernes 24 noviembre 2017



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Bertan 11

Caractéristiques architectoniques des tours

Nous en avons déjà parlé au long des chapitres précédents. Les caractéristiques architectoniques que montrent les Tours, sont le reflet de leur histoire. Ceux qui les ont habitées essayeront toujours de conjuguer des critères fonctionnels et des critères esthétiques, bien que pour nous, ces derniers ne soient pas faciles à interpréter dans tous les cas. Les tours sont tout d'abord la demeure du lignage, de la famille nucléaire ensuite avec le développement de celle-ci à partir du bas Moyen-Age; elles sont la représentation, d'une série de "valeurs"qui veulent être transmises à la communauté (dont celle-ci reconnaît la jouissance uniquement à un type déterminé de lignages ou de familles, ne l'oublions pas), en tant que tel, elles sont le support d'une symbologie très intéressante et encore très peu connue. Les Tours remplissent en plus une série de fonctions pratiques, qui ont donné origine à leur morphologie: des fonctions défensives et militaires, des fonctions économiques et sociales. Qu'il s'agisse du milieu rural ou du milieu urbain. Et, ne perdons pas de vue cette donnée, elles sont construites dans un milieu géographique bien concret, et pour des personnes ayant une culture et un sens de l'esthétique limités. Le Gipuzkoa offre des matériaux de construction limités. La tradition de la taille de la pierre dans le Territoire est très ancienne (elle donnera d'autant plus de réputation aux fils de la Province au XVlème siècle que le propre Cervantes fait écho de leur habilité caligraphique) et donne de la solidité à un type d'architecture ayant en soi une vocation de permanence.

Tour Morrontxo, Errenteria. Tracé Nord.
Tour Morrontxo, Errenteria. Tracé Nord. © Diputación Foral de Gipuzkoa. Servicio de Patrimonio Histórico Artístico.
Tour Arteaga (Artadi, Zumaia).
Tour Arteaga (Artadi, Zumaia). © José Luis Galiana

Donc, nous rapporter, à l'architecture des Tours implique ne pas perdre de vue ces faits pour nous limiter à l'énumération ennuyeuse des éléments qui caractérisent, à nos yeux aujourd'hui, ce que nous entendons par Tour dans le sens large du terme (et celui-ci, nous le verrons, est vraiment lâche). Ces éléments sont de plus, plus que suffisamment mis en valeur dans ce livre avec le reportage photographique qui accompagne le texte. Le lecteur s'est assez familiarisé avec une esthétique qu'il n'est pas nécessaire de décrire minutieusement.

Fief de Zerain. Détail de l'entrée.
Fief de Zerain. Détail de l'entrée. © José Luis Galiana
Fief de lartza. Détail du côté (Beasain).
Fief de lartza. Détail du côté (Beasain). © José Luis Galiana

Dans le laps de temps qui va du XlVème au XVlème siècle, nous retiendrons les aspects relatifs aux matériaux de construction, aux formes que les Tours adoptent et à l'évolution de ces dernières, à la structure de celles-ci en tant que demeures multi onctionnelles, et aux éléments externes qui les définissent: fenêtres, arcs, estrades, etc. Il y a peu d'exemples significatifs dans le Gipuzkoa sur lesquels nous pouvons compter, et il faut commencer par éclaircir quelles sont les édifications auxquelles nous faisons allusion.

Maison-tour de Legazpi , Zumarraga. Tracés Sud-Est et Sud-Ouest.
Maison-tour de Legazpi , Zumarraga. Tracés Sud-Est et Sud-Ouest. © Diputación Foral de Gipuzkoa. Servicio de Patrimonio Histórico Artístico.
Tour de Legazpi. Détail extérieur de la
Tour de Legazpi. Détail extérieur de la "ganbara" (Zumarraga). © José Luis Galiana

En parlant de Tours Médiévales, nous limitons notre champs d'observation à celui des demeures ayant la hauteur, la consistance et la forme des tour classique, mais aussi aux constructions qui présentent la solidité ou la morphologie imitées sur les autres et qui reçoivent vulgairement le nom de tour ou, même, de palais rural. Il s'agit généralement de "caseríos" (fermes typiques basques) et de constructions de lignages de catégorie sociale supérieure qui, défiant le fil du temps, ont été conservés jusqu'à nos jours, mais qui ne sont pas autre chose que des "caseríos nobles" où pour leur édification (généralement réalisée entre le XVème et le XVlème siècle) ont été utilisés la pierre de taille et la tradition constructive de la Tour classique, par désir évident d'émulation de ses propriétaires des lignages situés au sommet de la pyramide sociale. N'oublions pas qu'elles sont construites par les mêmes tailleurs de pierres et aux mêmes époques. Il n'est donc pas étrange que la bibliographie à l'usage confonde des constructions avec d'autres (en commençant par les propres contemporains, pour qui dans le milieu rural, jusque bien entré dans le XVème siècle, il n'y aura pas de Tours, mais des "Maisons Fortes" et, dans les villes et en dehors de celles-ci, des "Palais") et que l'apparence solide d'une édification mérite le dénominateur commun de Tour pour celle-ci. Le soussigné maintient également ses réserves pour plus d'un cas et admet un haut pourcentage d'ommissions ou d'exclusions à priori. On me permettra d'objecter que pour jouir de ce patrimoine le fondamentalisme nominatif est inutile et il est bon qu'existe cette frontière versatile. Mais, n'oublions pas que l'appelatif de Tour sera donné par ceux qui sont les mieux informés pour procéder à cette classification. La société du XVème et du XVlème siècle sait que seulement des lignages ou des Fiefs déterminés peuvent être ou contenir des Tours (comme nous l'avons développé au long du premier chapitre: auparavant Maisons Fortes), car la capacité d'avoir une Tour répond non seulement à la position économique du lignage (plus claire dans le cas des Tours urbaines) mais encore au consensus social que son propriétaire suscite. La possession d'une demeure considérée comme Tour est réservée à un type déterminé de propriétaire.


Rétable d'Ozaeta, cr. 1540 (Bergara). Portrait du donateur, D. Beltrán López de Gallalstegi, Seigneur d'Ozaeta, entouré de ses fils.
Rétable d'Ozaeta, cr. 1540 (Bergara). Portrait du donateur, D. Beltrán López de Gallalstegi, Seigneur d'Ozaeta, entouré de ses fils. © Gobierno Vasco. Irargi, Centro de Patrimonio Documental de Euskadi (Bergara)
Rétable d'Ozaeta, cr. 1540 (Bergara). Portrait de la donatrice, Doña Isabel de Rekalde, Dame d'Ozaeta, entourée de ses filles.
Rétable d'Ozaeta, cr. 1540 (Bergara). Portrait de la donatrice, Doña Isabel de Rekalde, Dame d'Ozaeta, entourée de ses filles. © Gobierno Vasco. Irargi, Centro de Patrimonio Documental de Euskadi (Bergara)

Comme nous le savons, depuis le XlVème siècle, le premier matériel utilisé est le bois en combinaison avec la maçonerie et seulement plus tard ce sera la pierre taillée. Beaucoup de constructions conservent des restes de toutes les époques et une observation soignée de ces dernières est très stimulante. Il est facile que les fondations de la Tour présentent un type de pierre différente et une édification plus rustique; que dans les étages supérieurs la pierre soit même remplacée par des pierres de taille aux angles et aux fenêtre et qu'on observe des réformes sur les murs les plus anciens. La Tour est presque un "être vivant" et s'adapte à travers ses propriétaires à des usages différents et/ou complémentaires de chaque époque.

Fief de Butrón au cours du dernier tiers du XIXème siècle.
Fief de Butrón au cours du dernier tiers du XIXème siècle. © Gobierno Vasco. Irargi, Centro de Patrimonio Documental de Euskadi (Bergara)

On peut affirmer que, passé le moment le plus critique du conflit factieux, la construction de forme de Tour est le plus souvent en pierre au rez de chaussée et que les étages supérieurs seront peu à peu construits soit en pierre soit en brique. L'étêtement de Tours décrété et mené à bien en 1457 oblige les Familles Nobles à reconstruire leurs Manoirs et leurs Tours. Si les Balda ou les Loiola utilisent la brique, les Berastegi ou les Amezketa utilisent la pierre quoiqu'avec une plus petite hauteur. jusqu'à deux combles (deux étages) permettra la Reine Isabelle la Catholique au Seigneur d'Amezketa. Les Tours perdent en taille et peu sont celles qui, au Gipuzkoa, conservent leur aspect imposant précédent. Des cas comme celui des Tours de Zumeltzegi (à Oñati, siège des Gebara, Seigneur du Comté) ou celles des Isasaga (à Azkoitia) ou celles des Isturizaga (à Andoain) (lignages de commerçants tous les deux) sont extraordinaires. Et des "caseríos" comme celui d'Egurbideola à Azkoitia constituent par leur volume et par leur structure des exemples d'architecture civile plus en consonnance avec ce que nous pourrions identifier comme Tour que les propres Tours.


Fief d'Ozaeta (Bergara)
Fief d'Ozaeta (Bergara). © José Luis Galiana
 Fief d'Ugarte (Oiartzun).
Fief d'Ugarte (Oiartzun). © José Luis Galiana
Armoiries du Fief de Garibai (Oñati).
Armoiries du Fief de Garibai (Oñati). © Gobierno de Navarra. Libro de Armería del Reino de Navarra.
Intérieur des Tours détruites des Olano et Zarautz (Getaria).
Intérieur des Tours détruites des Olano et Zarautz (Getaria). © José Luis Galiana

Il ne faut pas non plus oublier qu'une grande partie des Tours médiévales sera soumise à des réformes structurales et ornementales très importantes au long du XVlème siècle. Des Tours comme celles d'Enparan ou celle de Zarauz, celle de Loiola ou celle de Ozaeta constituent des exemples sigificatifs des changemets de mode ou des changements d'usage auxquels sera soumise la demeure. Elles deviennent des Palais de style renaissance ou barroque en fonction du siècle pendant lequel elles sont reconstruites ou transformées. Le cas de la Tour d'Ozaeta est très significatif. Reconstruite par Beltrán López Gallastegi et Loiola vers 1550 sur le Fief médiéval d'Ozaeta, la Tour cède sa place au Palais de style renaissance que Don Beltrán accompagnera d'un retable, représentant Don Beltrán lui même et son épouse Doña Isabel Errekalde et Idiakez, il en chargera la réalisation à un atelier flamand. Le neveu de Saint Ignace est un clair exposant du changement de goût et de modes de l'élite du Gipuzkoa.


Fief de Garibai (Oñati).
Fief de Garibai (Oñati). © José Luis Galiana
Fief de Zarautz. Détail de la façade.
Fief de Zarautz. Détail de la façade. © José Luis Galiana

"Patin" de la Tour d'Azkue-Palentzia (Honda­rribia).
"Patin" de la Tour d'Azkue-Palentzia (Honda­rribia). © José Luis Galiana
Porte d'entrée du Palais de Zerain.
Porte d'entrée du Palais de Zerain. © José Luis Galiana

Le matériel de base avec lequel les Tours sont édifiées sera donc la pierre, ainsi que la maçonnerie, et un usage de plus en plus grand de la pierre de taille. La pierre remplace peu à peu le bois sur les façades de la construction aussi bien pour sa solidité que pour son efficacité dans la construction. Le bois est réservé pour la distribution des intérieurs. La pierre taillée va elle aussi peu à peu prendre la place de la simple maçonnerie et sera le matériel de base pour les angles des édifices, dans les fenêtres et dans les différents éléments ornementaux. En pierre de taille devront être aussi les éléments servant de support aux structures défensives ou purement architectoniques dont les Tours ont besoin. La forme des Tours au Gipuzkoa, il est inutile de le dire, varie entre la forme purement quadrangulaire (forme de la Tour classique), la plus ancienne, et la forme rectangulaire, plus évoluée et plus moderne. Les Tours doivent respecter cette morphologie qui favorise la construction en hauteur. Parfois, d'autres constructions y sont adossées et leur confèrent un aspect global quelque peu amorphe.

L'aspect, en général austère, de l'ensemble des Tours est peut être frappant. A la différence de la Bizkaia, de la Navarre ou de l'Araba, le Gipuzkoa n'a pas conservé d'exemples de Tours à l'aspect massif nettement médiéval, comme les Tours de Butroe (avant la réforme du XIXème siècle), de Salazar de Muñatones, de Fontetxa ou de Mendoza. Cette dénomination pourrait être identifiée avec ce que nous avons appelé Maison Forte ainsi que le transmet la propre documentation, mais nous n'en conservons aucun exemple représentatif. La Tour du Gipuzkoa est en termes générales plus modeste dans ses dimensions et ne réunit pas dans son entourage d'autres éfifiactions importantes donnant lieu à un ensemble. Rare est le cas dans lequel se conserve, (s'il y en eu une dans un temps) la délimitation ronde, à laquelle se rapporte la documentation, en forme de petite muraille ou de haie en pierre. Il semblerait que la propriété privée à cette époque jusqu'à l'époque suivante présente dans presque tous les cas ce type de possession entourant la demeure que ce soit ou pas une Tour. Quelques "caseríos" la maintiennent de façon plus ou moins expresse ou matérielle, et la Tour d'Ozaeta, déjà nommée, est construite au XVlème siècle en réservant un espace de cette nature. Les ensembles de la construction les plus importants sont ceux formés par la combinaison d'une Tour-demeure, d'un moulin, d'une forge, d'un ermitage, etc... Il n'y a pas si longtemps qu'a disparu l'exemplaire splendide de Karkizanoo, près d'Elgoibar et on peut étudier d'autres cas comme ceux d'Alzolaras (Zestoa), de Sasiola Astigarribia, etc.


Fenêtre de la Tour Olano (Getaria).
Fenêtre de la Tour Olano (Getaria). © José Luis Galiana
Fenêtres de la Tour de Ugarte (Oiartzun).
Fenêtres de la Tour de Ugarte (Oiartzun). © José Luis Galiana

Porte d'entrée du Fief d'Ugarte (Oiartzun).
Porte d'entrée du Fief d'Ugarte (Oiartzun). © José Luis Galiana
Porte d'entrée de la Tour de Jauregi (Bergara).
Porte d'entrée de la Tour de Jauregi (Bergara). © José Luis Galiana

Les Tours, dans leur aspect extérieur, présentent une structure simple achevée parfois par une file de petits créneaux (Tour de Zumaia, par exemple) et toujours par un toit à quatre pentes. Un modèle, en vigueur pour toute l'Euskadi (Pays Basque) et qui aura un grand succès et une survivance historique, pour le couronnement de la Tour comme solution architectonique et à fois décorative, se répand dans le Gipuzkoa: l'utilisation de cubes ou de portes d'octroi cylindriques massifs sur les quatre angles supérieurs de la Tour qui s'appuient sur le toit, ou bien dépassent comme des pinacles de ce dernier. Les portes d'octroi survivront jusqu'au barroque et jouiront d'une grande influence, s'adaptant à la plupart des Tours qui deviennent des Palais durant le XVlème siècle.

De suite, la structure dans l'édification de l'intérieur de la Tour est également simple. Un grand pylône ou une poutre centrale en bois, servant de support au treillis en bois sera la solution adoptée par la grande majorité des tailleurs de pierres menuisiers. Il s'agit aussi bien de Tours, dans le sens stricte, que de "caseríos" ou édifications de tout type (observer les parvis de certaines églises, comme illustration de cette structure, difficile à trouver aujourd'hui). Sur la poutre centrale sont appuyés les ramifications en bois, qui servent d'une part à soutenir le sol des différents étages ou "combles" et d'autre part comme élément de distribution de l'espace à l'intérieur de la tour. Les murs de la Tour, très souvent de grosse épaisseur, prévoient soit des orifices soit des modillons ou des saillants en pierre de taille sur lesquels s'appuieront, à partir de la poutre centrale, les poutres proprement dites servant de support aux "solives" et aux planches du plafond et du sol. Et, entre les murs, les cloisons seront en bois, en brique ou en maçonnerie. Les cloisons en bois, peut être plus anciennes, sont remplacées pour leur efficacité dans la construction par celles en maçonnerie. Il faut néanmoins noter que dans certains cas, ces structures en bois plus primitives permettent aux habitants de la Tour, d'installer l'ingénieux système de "cloisons coulissantes" comme sembleraient l'indiquer les marques conservées, par exemple, dans la Tour de Laurgain


Anagramme ou marque pré-héraldique. Tour de Ugarte (Oiartzun).
Anagramme ou marque pré-héraldique. Tour de Ugarte (Oiartzun). © José Luis Galiana
Armoiries du Fief d'Isasaga (Itsasondo).
Armoiries du Fief d'Isasaga (Itsasondo). © José Luis Galiana

Les différents types d'embrasures ou d'ouvertures en forme de fenêtres, les balcons, etc. donneront une idée des dates de la construction, tout en fournissant des pistes sur la distribution intérieure des pièces ou des espaces de la Tour. Les fenêtres et les portes sont, par antonomase, le support des éléments ornementaux dans ce genre de constructions avec les armoiries, ou les représentations des lignages par leur blason.

Armoiries du Fief de Zerain.
Armoiries du Fief de Zerain. © José Luis Galiana

Dans les Tours les plus anciennes, la porte d'entrée se trouve d'habitude au premier étage, et y accède par une échelle en pierre (ou patin) ou par une échelle en bois, que l'on retire quand cela est nécessaire. Quelques Tours, comme la Torre Luzea de Zarautz ou celle d'Ereñozu conservent un patin splendide. L'échelle est défendue par une série de meurtrières. Avec la transformation de l'usage des Tours et la perte de leur caractère défensif, l'entrée se fera par une porte au rez-de-chaussée, et celle-ci prendra des proportions plus grandes.

Les embrasures ou fenêtres, souffrent également une transformation en accord avec le développement social. Depuis les petites ouvertures en un seul arc et en petit nombre sur chaque Tour du XlVème siècle et du début du XVème siècle jusqu'au larges baies vitrées géminées qui précèderont les arcs en accolade et les baies vitrées déprimées de style renaissance et une abondante décoration dans certains cas, généralisés au long du XVlème siècle. A l'intérieur de la Tour, l'épais mur dans lequel s'ouvre l'embrasure est utilisé pour construire de larges assises sur les deux côtés.


 Armoiries du Fief d'Estenaga (Idiazabal)
Armoiries du Fief d'Estenaga (Idiazabal). © José Luis Galiana
Armoiries du palais de Loiola de Bergara, variante des armoiries du fief originaire d'Azpeitia.
Armoiries du palais de Loiola de Bergara, variante des armoiries du fief originaire d'Azpeitia. © José Luis Galiana

Dans tous les cas, la structure de toutes ces embrasures qui ne sont que des ouvertures à l'intérieur de l'épais mur de la Tour "à chaux et à sable', est toujours identique. L'ouverture est limitée par des pierres de taille en une ou plusieurs pièces selon la taille de la fenêtre, en général d'une couleur plus claire car on utilise pour leur construction des pierres de taille de grès. Des pierres de taille peuvant servir de support à des motifs ornementaux géométriques ou floraux et qui, dans certains cas, seront utilisées pour sculpter des armoiries du lignage ou les marques commerciales. Il n'est pas rare de voir d'une ancienne tour du XVlème siècle décorée avec des fenêtres et des portes neuves en pierre de taille remplaçant les anciennes, plus grossière et de moins bonne fabrication. Et, du point de vue formel, pour les portes, le modèle de l'arc en plein cintre, avec les pierre de taille appuyés en formant l'arc, et celui de l'arc en lancette dans le cas des fenêtres, sculptant la forme sur une seule pierre de taille dans la plupart des cas, auront un grand succès et une grande survivance.



Dessin, avec les couleurs et les émaux origi­naux, du Tombeau de
D. Pedro Martínez de Alava, erigé vers 1525 dans l'Eglise de Saint
Pierre à Vitoria. Cr. 15 (AI. Chancellerie de Valladolid)..
Dessin, avec les couleurs et les émaux origi­naux, du Tombeau de D. Pedro Martínez de Alava, erigé vers 1525 dans l'Eglise de Saint Pierre à Vitoria. Cr. 15 (AI. Chancellerie de Valladolid).. © Ministerio de Cultura. Archivo de la Real Chancillería de Valladolid.
Bidaurretako Monasaterioa fundatu zutenean armarriak (Garibai Lazarraga eta Olasoko Ganboaren brisatuak) eta Frantziskotarren Ordenakoak.
Bidaurretako Monasaterioa fundatu zutenean armarriak (Garibai Lazarraga eta Olasoko Ganboaren brisatuak) eta Frantziskotarren Ordenakoak. © José Luis Galiana

Armoiries des fondateurs du Monastère de Bidaurreta (Garibai-Lazarraga et brisures de Ganboa d'Olaso) et de l'Ordre des Franciscains.  © José Luis Galiana
Armoiries des fondateurs du Monastère de Bidaurreta (Garibai-Lazarraga et brisures de Ganboa d'Olaso) et de l'Ordre des Franciscains. © José Luis Galiana
Armoiries des fondateurs du Monastère de Bidaurreta (Garibai-Lazarraga et brisures de Ganboa d'Olaso) et de l'Ordre des Franciscains.
Armoiries des fondateurs du Monastère de Bidaurreta (Garibai-Lazarraga et brisures de Ganboa d'Olaso) et de l'Ordre des Franciscains. © José Luis Galiana

Naturellement, tout ce qui a été dit, définit la structure architectonique des Tours pendant le grand laps de temps qui verra son développement. Cela n'empêche pas que les mêmes solutions seront adoptées pour un autre type de construction rurale ou urbaine qui ne seront que des exemples de "caseríos" de lignages, en général d'importance, mais qui ne prétendront jamais rivaliser avec la Tour qui représente, aussi bien pour l'usage d'une construction concrète que pour les valeurs sociales et familiales que lui donne la communauté, le symbole d'un pouvoir et d'un prestige limité seulement à quelques uns. L'exemple le plus significatif est celui des Eglises (Zumaia, Bergara ...1 qui utilisent dans leur construction tous les éléments décrits jusqu'à maintenant et qui,pour cette même raison, ressemblent plus à des Tours qu'à des temples.

 Marque pré-héraldique avec les armoiries d'Okariz (Zegama).
Marque pré-héraldique avec les armoiries d'Okariz (Zegama). © Gobierno Vasco. Irargi, Centro de Patrimonio Documental de Euskadi (Bergara)

Un élément très important de la Tour mérite une explication à part. Les "blasons héraldiques" mal nommés, plus correctement appelés armoiries du lignage, décorent souvent l'entrée à la Tour ou un angle de celle-ci. Dans le cas du Gipuzkoa, ces armoiries méritent un commentaire à part car elles présentent des péculiarités qui leur sont propres.

Les Tours sur lesquelles le lignage sculpte ses armoiries sont peu nombreuses, mais il est néanmoins plus habituel de le faire sur les Tours urbaines ou sur la porte d'accès, la douelle centrale de l'arc est sculptée avec la "marque" commerciale du lignage propriétaire, ou, à défaut, avec l'anagramme de "Ihesus". L'utilisation des armoiries de la part des membres d'un lignage, en tant que représentation de celui-ci, et signe d'appartenance avec l'usage de sa symbologie particulière et de sa propre sémiotique, semble être introduite tardivement sur le territoire du Gipuzkoa. Les armoiries sont précédés par l'utilisation de "signes" de la part du lignage; ainsi nous conservons le signe des loups et celui du chaudron adopté par les Loiola, qui précèdent l'écartelé avec les bandes d'Oinaz utilisé au moins à partir de la fin du XVème siècle. La répétition de motifs héraldiques, avec une préférence pour les loups et le chaudron de la part d'un clan (Oinaz), et les feuilles de peuplier par un autre clan (provenant des Gebara, par le clan de Ganboa) est aussi un élément éloquent à ne pas mépriser.


Armoiries tiercées des fiefs de lartza-Amezketa-Alcega. Amezketa, 1484. © José Luis Galiana
Armoiries tiercées des fiefs de lartza-Amezketa-Alcega. Amezketa, 1484. © José Luis Galiana
 Armoiries écartelées de Nicolas de Gebara (Gebara, Larrastegi,
lartza et Aurgazte). Palais de Gebara, Segura, cr. 1495. .
Armoiries écartelées de Nicolas de Gebara (Gebara, Larrastegi, lartza et Aurgazte). Palais de Gebara, Segura, cr. 1495. © José Luis Galiana


Mais les Tours sont décorées avec les armoiries du lignage, dans le cas où elles le sont, elles le sont tard seulement. Je ne crois pas qu'on puisse établir, avant la moitié du XVème siècle, et même pour l'aspect de nombreux blasons, il semblerait plus correct de dire, entre la fin XVème et le début du XVlème siècle, un usage peut-être pas massif, mais beaucoups plus généralisé par les lignages, qui se préocupent de ce type de représentation. Nous savons qu'à cette date beaucoup de commerçants (les Conseils Municipaux eux-mêmes) utilisaient leurs marques ou leurs armoiries pour authentifier les documents publics qu'ils concédaient sous la formule avec laquelle, celui qui concède " scelle chacun de ses noms avec ses sceaux ". Ces représentations ne passent pas à la Tour ou du moins, de très anciennes non pas été conservées sauf dans une demie douzaine de cas. C'est seulement à partir de la Renaissance tardive, et avec l'influence en masse de modes espagnoles et européennes, ainsi que le développement d'une société d"'hidalgos", que la transformation de nombreuses Tours en Palais urbains ou d'allure semblable à ceux-ci comporte l'adoption en masse des armoiries du lignage comme élément décoratif et de prestige. Le développement stylistique entraînera la diffusion d'un type ou autre d'armoiries, avec une claire préférence pour les armoiries écartelées sur lesquelles, ou bien on combine les armoiries des grand-parents des constructeurs, ou bien on adopte la solution d'utiliser les armoiries des noms de l'héritier des majorats dont celui-ci profite.En général, l'aspect du blason dépend de l'habilité du tailleur.

Iartza-Amezketa-Altzega orubeen armarri erdibituak eta ebakiak. Hernani 1475. © José Luis Galiana
Iartza-Amezketa-Altzega orubeen armarri erdibituak eta ebakiak. Hernani 1475. © Gobierno Vasco. Irargi, Centro de Patrimonio Documental de Euskadi (Bergara)
Armoiries parties et coupées des fiefs de lartza-Amezketa-Alcega, Hernani,
cr. 1475.
Armoiries parties et coupées des fiefs de lartza-Amezketa-Alcega, Hernani, cr. 1475.

Ainsi les meilleurs exemplaires et les plus anciens, sont de milieu urbain. Sur tous, on peut voir la claire adoption des normes héraldiques d'usage courant à l'époque. Aussi bien les brisures que les écartelés, comme en général le dessin héraldique répondent aux modèles régnants. Dans le Monastère de Bidaurreta se combinent les armoiries des Lazarraga (celles du " lignage et dela bande de Garibai  ") avec les armoiries personnelles de Doña Juana Ganboa (toutes celles de Ganboa -en tant que fille du chef du Fief- avec un orle de sautoirs) et toutes avec celles de l'Ordre des Franciscains et celles des Rois Catholiques au complet, au service desquels -comme nous l'avons vu- le Secrétaire Lazarraga, constructeur du Monastère, a passé sa vie.

Nous possédons un cas splendide -et de plus, unique- sur lequel nous pouvons suivre l'utilisation des mêmes armoiries par les descendants d'un Fief en combinaison avec celles prises à d'autres lignages ou Fiefs par mariage ou par héritage. Le schéma adjoint [ Vid. tableau des pages ...] met en relation une série de descendants du Fief de lartza de Beasain (qui, certes, ne possède pas de blason). A Hernani (Palais d'Elduain), à Segura (Palais de Gebara) et à Amezketa (Fief d'Amezketa) se trouvent les armoiries de lartza. A Hernani et à Amezketa, il a été ordonné de sculpter les armoiries par les frères Juan López (par l'inscription qui l'accompagne, nous savons qu'en 1484) et Urraca Vélez de Amezketa combinées avec celles des Fiefs d'Altzega et d'Amezketa, dont le premier est l'héritier et la seconde la fille (le premier en pal et la seconde à la moitié ). A Segura, écartelées (sur un travail que l'on peut situer vers en 1485) par Nicolás de Gebara avec deux écartelures procédant de son père, de Gebara ( les feuilles de peuplier et les bandes chargées d'hermines ) et celles de Larrastegi de sa mère. En plus, dans le cas d'Hernani, les deux très beaux blasons (dont la qualité et la conception du bas Moyen Age sont pleinement européens) conservés sur le linteau de la porte proviennent de la Tour médiévale qui occupait le fief sur lequel est édifié l'actuel merveilleux Palais, ils représentent les armoiries du couple Elduain Altzega. A la moitié du XVlème siècle, le bachelier Amador López de Elduain (l'ami et compagnon à l'université de Paris en 1528-30 d'Iñigo de Loiola et de François Xavier) les utilisera dans un blason en cinq "écartelures" , sur la chapelle qu'il ordonnera de construire sur la paroisse d'Hernani. Sur cette chapelle s'affronteront les armoiries du bachelier et celles de sa seconde femme, Doña Barbara Anizketa, toutes deux d'aspect renaissance.

Armoiries du Fief de Zarautz. © José Luis Galiana
Armoiries du Fief de Zarautz. © Gobierno de Navarra. Libro de Armería del Reino de Navarra.
Armoiries du Fief de Berastegi
Armoiries du Fief de Berastegi. © Gobierno de Navarra. Libro de Armería del Reino de Navarra.

. Armoiries du Fief de Murgia, d'Astigarraga. © José Luis Galiana
Armoiries du Fief de Murgia, d'Astigarraga. © Gobierno de Navarra. Libro de Armería del Reino de Navarra.
Armoiries du Fief d'Unzueta.
Armoiries du Fief d'Unzueta. © Gobierno de Navarra. Libro de Armería del Reino de Navarra.

Armoiries du Fief d'Agirre de Gabiria.  © José Luis Galiana
Armoiries du Fief d'Agirre de Gabiria. © Gobierno de Navarra. Libro de Armería del Reino de Navarra.
Armoiries du Fief d'iraeta.
Armoiries du Fief d'iraeta. © Gobierno de Navarra. Libro de Armería del Reino de Navarra.

Armoiries du Palais de Golar. © José Luis Galiana
Armoiries du Palais de Golar. © Gobierno de Navarra. Libro de Armería del Reino de Navarra.
Armoiries du Fief de Dolarea.
Armoiries du Fief de Dolarea. © Gobierno de Navarra. Libro de Armería del Reino de Navarra.

Armoiries du Fief de Lasarte. © José Luis Galiana
Armoiries du Fief de Lasarte. © Gobierno de Navarra. Libro de Armería del Reino de Navarra.
Armoiries du Fief d'Enparan.
Armoiries du Fief d'Enparan. © Gobierno de Navarra. Libro de Armería del Reino de Navarra.

 Variante des armoiries des Oñez. © José Luis Galiana
Variante des armoiries des Oñez. © Gobierno de Navarra. Libro de Armería del Reino de Navarra.
Armoiries du Fief d'Arrue de Zaldibia.
Armoiries du Fief d'Arrue de Zaldibia. © Gobierno de Navarra. Libro de Armería del Reino de Navarra.

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